Stage SIV
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Auteur
: Marc FRUHAUFF (dit Marc' Oya) MarcOya remercie les
participants qui ont contribué à la rédaction de cet article en
faisant connaître leurs impressions et leur vécu pendant le stage SIV
du 13 au 16 mai 1999. |
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Des participants motivésGabriel : Me mettre volontairement dans des situations difficiles pour connaître la sensation de fermeture, éviter le stress supplémentaire venant dune situation inconnue lors de sketches en vol, et pouvoir différencier et nommer les sorties du domaine de vol. Ronron : Jai participé, dune part pour comprendre ce qui métait arrivé à St Hilaire (vrac, perte daltitude de 400 mètres), et dautre part pour reconnaître des configurations situées hors du domaine de vol. La sortie du domaine de vol peut arriver nimporte quand. Je trouve que lon nest pas suffisamment formé sur les manuvres à effectuer pour refaire voler sa voile. François : Lors dun vol au Treh, un pilote volant à 50 mètres de moi a fait une belle frontale, et jai prudemment écourté mon vol. Pendant un autre vol, jai fait une petite abattée, et je nétais pas très rassuré jusquà la fin du vol, la situation étant inhabituelle. Je voulais donc vivre de telles situations inhabituelles dans un cadre protégé, afin quà lavenir je ne puisse pas me faire peur et essayer de pouvoir réagir de la meilleure manière possible. MarcOya : Ayant déjà une bonne expérience des sorties du domaine de vol (quelques vracs et de nombreuses fermetures en tout genre), je voulais depuis quelque temps, compléter mes connaissances en provoquant volontairement des décrochages et des vrilles à plat dans un cadre sécurisé. Et vivre une ouverture du parachute de secours, afin de mieux cerner les contraintes qui simposent au pilote. Christian : Découvrir les limites de ma voile et de moi-même.
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Le programmeIl est adapté individuellement à chaque pilote selon son niveau de pilotage, ses capacités, ainsi que son état de fatigue et de stress. Il comprend les manuvres suivantes :
On augmente progressivement la difficulté en se laissant tomber dans la sellette côté fermé, puis en accélérant[ii], puis en laissant la rotation sengager sur un tour, deux tours... La mise en rotation devient de plus en plus vive et ample, nécessitant un pilotage dautant plus précis et actif pour en sortir. Pour généraliser, on peut utiliser ladage suivant : Plus on vole vite, plus il faudra réagir vite et juste pour enrayer la fermeture. Ronron : En se laissant tomber dans la sellette, je ne mattendais pas à ce que ça parte aussi fortement ! ¨
Le
tangage prononcé. ¨
Le
roulis prononcé, ou wing-over. Gabriel : Après plusieurs cadencements, un côté de laile sest refermé. Je suis parti en autorotation sans le vouloir, et jai pris du temps pour larrêter. Comme je nétais pas haut, je me voyais déjà plonger dans le lac ! MarcOya : Jai volontairement laissé la commande extérieure en position bras hauts pour tester la cohésion du profil. Au quatrième cadencement, fermeture, et cravate[iii] dans le milieu du suspentage avant droit. Jessaye denrayer comme pour une bonne fermeture asymétrique, mais la cravate reste encore accrochée à la suspente extérieure. Impossible de tirer sur cette suspente, ça ne vient pas, de même que pour la suspente du stabilo. Jai donc dû provoquer une belle fermeture asymétrique pour tout remettre en ordre. ¨
La
descente aux B. Deux variantes pour retourner en configuration normale. Le relâché rapide : on lâche les élévateurs depuis la position stabilisée. La voile se remet immédiatement à voler, avec généralement une légère abattée. Le relâché lent : on remonte les élévateurs B symétriquement et progressivement. Certaines ailes vont ainsi rester en parachutage, que lon constate par un certain taux de chute et surtout une très faible vitesse horizontale. Une traction sur les avants, comme pour simuler une petite frontale, ou lutilisation de laccélérateur permet de sortir de cette situation, en surveillant léventuelle abattée. Il est également possible dengager un virage, mais certaines ailes ont des réactions très vives. ¨
Le
décrochage asymétrique.
Gabriel : La sensation est assez impressionnante. On a limpression de tomber dans un trou, comme en chute libre. Suite à une abattée mal contrôlée, la voile est passée devant moi et sest fermée avec une frontale. Résultat : la voile sest trouvée face à moi avec les suspentes détendues, garantissant une méga ressource.
Ronron : Ça ma moins impressionné que la fermeture asymétrique, car cest une figure dont on entend beaucoup parler, et où lon sattend à ce que quelque chose de terrible va se produire. MarcOya : Après avoir maintenu la vrille pendant deux tours, ma Futura fait une belle et simple abattée asymétrique, alors que mon Excel présente une succession très rapide de mouvements : abattée asymétrique très vive, cravate sur le côté opposé avant la fin de labattée asymétrique, jenraye la cravate, violente abattée symétrique finissant par une frontale centrale. Voilà la différence entre une aile amortie (presque Standard) et une autre qui lest nettement moins (genre Compétition). ¨
Les
360.
[i] Certains préfèrent
utiliser le mot dissymétrique, dont le dictionnaire Larousse donne
une définition est très proche.
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Le vécu des participantsGabriel : La préparation du stage nous a mis un peu dans lambiance. Sur place, les manuvres ont été faites avec une progression : des manuvres les plus calmes aux manuvres les plus chaudes. La précision et le calme du moniteur mont permis de garder le sang-froid pendant toutes les manuvres. Ronron : Le départ des manuvres na pas été compliqué à effectuer, les instructions ont toujours été très claires et bien expliquées au préalable. Ensuite vient assez rapidement une sensation de perte de contrôle de sa voile dans les figures à accélération (fermeture asymétrique et vrille à plat maintenues). Mais le fait dentendre la radio pendant les exécutions est extrêmement rassurant. Une figure, qui en temps normal inciterait à se poser ou abréger le vol, est dans le cadre du SIV, aggravée sans que cela soit très "flippant". Bien sûr, certaines manuvres sont impressionnantes, mais lon est en même temps rassuré, en confiance. François
: Deux manuvres ont été très
impressionnantes : la fermeture asymétrique maintenue à cause de laccélération
que lon ressent très vite, et le décrochage pendant lequel on a
vraiment limpression de faire de la chute libre. En tout cas, avant
chaque manuvre (sauf les oreilles), javais une petite appréhension. MarcOya
: Jétais plutôt décontracté, et
les mouvements de laile pendant les manuvres ne mont pas surpris,
puisque cétait la conséquence logique de laction précédente.
Jai cherché à davantage affiner mes sensations pendant le retour en
configuration normale de vol, pour être autant que possible en phase avec
la voile. Christian : Serein, je crois que cest ladjectif qui qualifie le mieux mon état desprit lors de ce stage, sauf le décrochage lors duquel jai vraiment eu un pic dadrénaline !
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Lapport du stage SIVIl permet de prendre conscience de ce qui peut survenir, des lacunes que lon peut avoir, de comprendre la mécanique de vol du parapente, apprendre à dédramatiser certaines situations, ainsi que de sentir et maîtriser les mouvements du parapente. Le pilote est amené à développer ses sensations : sentir les mouvements de la voile sur les axes de roulis et de tangage, les départs en négatif, être attentif au bruit du vent sur le visage, aux variations de leffort dans chaque commande, et aux sensations ressenties dans la sellette. Cela nécessite une sellette ajustée morphologiquement à la taille du pilote (la planchette en particulier, ne doit pas être plus large que les hanches), et avec un réglage correct de la ventrale : trop lâche, la voile est nettement plus difficile à maîtriser (certaines deviennent instable spirale[i] en 360). Trop serrée, voire croisillonnée, les sensations sont masquées et le pilotage verrouillé. Donc, on utilise généralement le réglage préconisé par le constructeur. Dautre part, il est également important de savoir se situer dans lespace, par rapport au relief et au vent. Cela permet de pratiquer un pilotage actif, cest-à-dire anticiper et contrôler les mouvements de laile lorsque ceux-ci tendent à devenir trop importants, et ainsi éviter une éventuelle fermeture. Lors dun incident, il permet au pilote, avec lexpérience, de pouvoir rester lucide autant que possible. Donc de réagir plus rapidement, dabord à la sellette, puis aux commandes, en coordonnant lamplitude et le moment auquel il réagit, pour conserver le cap et ensuite remettre la voile dans le domaine de vol normal.
[i] Instable spirale = la voile continue de visser les 360, le pilote étant de plus en plus centrifugé. Une action sur la commande extérieure est nécessaire pour arrêter laugmentation de laccélération, puis pour sortir de la figure. Neutre spirale = la voile reste en 360, mais naccélère pas. Nécessite une action du pilote pour sortir. Stable spirale = la voile sort delle même des 360, sans action du pilote. Cest le cas des voiles homologuées Standard, et le réglage de la ventrale correspondant est noté sur le sticker dhomologation.
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Le point de vue des participantsGabriel
: Un tel stage me semble indispensable pour la progression. Cest un plus pour voler en sécurité sous en parapente, bien que les automatismes ne puissent sacquérir en un seul stage. Ronron
: Je
trouve quun SIV est pour le parapente comme un réservoir dessence
supplémentaire pour une voiture : on va probablement aller au même
endroit, en faisant les mêmes virages, à la même vitesse, mais avec
une marge de sécurité augmentée (on fait moins attention à la jauge,
donc on est plus attentif à la route). François
: Le SIV nest pas réservé à des pilotes confirmés. En conditions thermiques, même avec une voile sortie décole, le pilote peut être confronté à une belle fermeture asymétrique. Le risque, si le pilote na pas fait de SIV, nest pas quil aille au tapis (la voile va faire le travail de réouverture), mais plutôt quil se fasse une grosse frayeur et ait peur de revoler par la suite. Je ne peux que conseiller aux futurs brevetés de lécole de prévoir de faire un SIV au bout dune centaine de vols dans des conditions variées (ah, les thermiques du printemps !).
Christian
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L'anecdotePour le dernier vol, avec louverture du parachute de secours au programme, nous avons décollé de Coche Cabane, afin de ne pas être gênés par la fenêtre de la compétition Nationale A au décollage de Montmin, ce dimanche 19 mai 1999 en début daprès-midi. Javais décidé dutiliser ma vielle, mais encore belle Excel pour ce vol, et de faire un petit gain pour compenser la différence daltitude entre les deux décollages, avant de tracer sur le milieu du lac pour les manoeuvres prévues. Je décolle dans une belle brise, et je tourne ensuite à droite, en espérant trouver un thermique un peu plus loin. Paf ! Voile fermée à 60% par la droite, côté qui regarde le relief situé à moins de vingt mètres. Arbres à volonté ! Jai instinctivement conservé le cap au moment de la fermeture, puis la plume du côté resté ouvert sest cornée. Dès que jai remis mon Excel en configuration normale de vol, re-paf : on prend les mêmes et on recommence ! Pas la peine de moisir ici, demi-tour ! Je tombe sur un thermique généreux entre les deux décollages, dapproche sympathique, et au moins aussi large que la distance entre ces deux décollages. Je nai même pas fait un virage, et jai déjà le gain souhaité avant de me diriger vers le lac. Il y avait manifestement une zone style "machine à laver" localisée près du relief, côté au vent du gros thermique. Comment cela se fait-il ? Tout ce que je peux dire, cest que ça existe, mais je nai pas volé suffisamment longtemps à ce moment pour vous expliquer laérologie locale. Et mon expérience, ainsi que la connaissance de mon Excel mont permis de ne pas percuter la planète. Je conseille donc à tous les pilotes de voler avec une voile un cran en dessous de leur propre niveau. La faible différence de performance entre les voiles actuelles nest plus un critère déterminant. Aujourdhui, il est important de se focaliser sur les sensations en vol, et surtout ladéquation de la voile au pilote, lui permettant de bien gérer les incidents quil est susceptible de rencontrer. Autrement dit, privilégiez la sécurité !
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Intéressé ?Il vous suffit de faire connaître votre souhait auprès de Romain, notre DTE, qui mettra en place un tel stage, dès que le nombre de participants le permettra. |
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Texte : Marc FRUHAUFF (Marc'Oya)
- Illustrations Bruno
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