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A bien y réfléchir, le parapente ressemble, dans son principe, aux avions en papier de nos années de collège. C’est une machine géniale qui permet de transformer de la hauteur en distance horizontale. Pour chaque mètre d’altitude qu’il perd, le parapente en parcourt environ huit horizontalement. Autrement dit, pour que notre parapente fonctionne, il lui faut de la hauteur. Là, deux solutions se présentent. Les parapentistes de plaine gagnent cette hauteur à l’aide du moteur d’un treuil, les autres, dont nous avons la chance de faire partie, montent au sommet d’une montagne. Les montagnes sont indissociables du parapente, initialement “parachute de pente”. Pourtant, à les avoir toujours sous les yeux, on finit presque par ne plus les voir. Elles sont pourtant là, tout autour de nous, sous nos pieds et notre aile étalée au décollage. Heureusement, car en plus des paysages somptueux qu’elles nous offrent, elles nous épargnent les galères du vol treuillé. Comme nous, les montagnes naissent, vivent, puis meurent. 2002 est l’année internationale de la montagne. Une fois n’est pas coutume, voici un peu de culture dans Carnet de Vol, l’histoire de notre massif Vosgien.
C’est une histoire qui commence il y a environ 300 millions d’années. La coupe Icare n’existe pas encore, la FFVL non plus. Un gigantesque continent, la Pangée, commence tout juste à être colonisé par les premiers vertébrés terrestres. Il regroupe les pièces d’un puzzle, qui se sépareront plus tard et s’appelleront Eurasie, Amériques, Afrique, Antarctique, Inde et Australie. Au cœur de ce continent géant, une immense ceinture montagneuse, la chaîne Hercynienne, s’étend à travers les futures Europe et Amérique du nord, alors contiguës puisque l’Atlantique n’existe pas. Une petite région de ce massif, beaucoup plus tard, deviendra l’Alsace. Dans les profondeurs de l’écorce terrestre, à la faveur des convulsions tectoniques qui gouvernent la croissance de cette chaîne, des magmas brûlants et pâteux tentent de se frayer un chemin vers la surface. Ils n’y parviendront pas. Ils se refroidiront et cristalliseront avant, formant les racines granitiques de la chaîne Hercynienne.
Peu à peu, les montagnes vont cesser de croître. C’est alors l’érosion qui prend le dessus. Lentement, avec l’infinie patience des millions d’années qui s’egrennent, elle rabote la chaîne Hercynienne. Millimètre par millimètre, les pics s’érodent, la chaîne entière disparaît. Seules ses racines granitiques subsistent et témoigneront de son existence. L’érosion fait si bien son travail qu’à l’imposant massif montagneux succèdent un paysage de lagunes, puis une mer.
Nous sommes maintenant au Jurassique Supérieur, il y a environ 150 millions d’années. La Pangée est en train de se disloquer. Elle s’est scindée en deux continents, la Laurasia au nord et le Gondwana au sud. Les dinosaures ont colonisé tous les écosystèmes et sont les maîtres incontestés des terres et des mers. La FFVL n’existe toujours pas. Pourtant, les premiers libéristes sont apparus. Ils s’appellent Ptérodactyles (du grec pteron, aile, et dactulos, doigt) ou archaeopteryx (du grec arkhaios, ancien, et pterux, oiseau). Ils volent plutôt bien, et sans alti-vario s’il vous plait ! Leurs spots préférés sont en Europe centrale. Le futur massif Vosgien ne les intéresse pas, et pour cause, il n’a encore rien d’un massif. La mer s’est bien retirée, mais elle n’a laissé que d’épaisses couches de sédiments qui recouvrent à l’horizontale les racines granitiques usées de la chaîne Hercynienne. Le paysage n’a rien de montagneux et évoquerait plutôt notre actuel bassin Parisien. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, en tout cas pas dans la région qui deviendra plus tard l’Alsace. Et tout est en place pour que se forment nos montagnes Vosgiennes.
Nous sommes maintenant à l’Eocène, seconde époque du Tertiaire, il y a environ 50 millions d’années. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis la mort de la chaîne Hercynienne. La Pangée s’est totalement disloquée et les continents sont partis à la dérive. Les dinosaures se sont éteints, il y a 15 millions d’années, terrassés par de cataclysmiques éruptions volcaniques, la chute d’une météorite géante ou les deux à la fois. En Europe, un événement se produit qui aura un impact majeur pour beaucoup de libéristes : la naissance des Alpes. L’Apulie, un morceau détaché du continent Africain, vient écraser et soulever la bordure sud de l’Europe. La formation de cette chaîne de montagne se fait ressentir sur tout le continent Européen. Il se fissure. La France et l’Allemagne s’éloignent, à la vitesse d’à peine un millimètre par an. Elles ne s’écartent pas beaucoup, 5 ou 6 km, mais le vide ainsi créé forme une dépression, longue de 300 km et large de 40 environ. Même si le Rhin n’y coule pas encore, le fossé Rhénan est né. Il est occupé successivement par mers et lagunes qui y laisseront leur empreinte sédimentaire. Tandis que le fond du fossé s’affaisse, enfoui sous toujours plus de sédiments, les bordures, elles, se soulèvent. Deux petits massifs jumeaux sont en train de naître. À l’ouest les Vosges et à l’est la Forêt Noire. L’érosion reprend alors son travail. Les sédiments sont balayés des reliefs et les vieilles racines granitiques de la chaîne Hercynienne sont remises à nu. Ces granites qui s’érodent en dômes donneront les célèbres ballons des Vosges. L’un d’eux s’appellera plus tard le Champ du Feu. Il est caractérisé par ces granites couleur poivre et sel qu’on enjambe entre les décos sud-ouest et sud-est du pelage.
Nous voici maintenant à l’aube du Quaternaire, il y a 3 millions d’années environ. Lucy et ses congénères Australopithèques apprennent à se tenir debout et inventent les premiers outils. Le fossé Rhénan a cessé de s’ouvrir. Mais l’histoire n’est pas finie pour autant. Au sud, les Alpes continuent de grandir, et de s’étaler. Tel un bulldozer qui pousse toujours plus de terre devant lui, l’Apulie (qui correspond aujourd’hui à l’Italie) continue d’enfoncer le continent Européen en créant des massifs toujours plus jeunes vers le nord. Le Jura est la dernière manifestation de la formation des Alpes. Il vient soulever le sud du fossé Rhénan et des Vosges. Résultat, le “moyen Rhin” devient Haut-Rhin au sud et Bas-Rhin au nord. On a 900 mètres de dénivelé au Treh contre 500 à Breit. Et le Rhin justement, qui coulait vers la vallée du Rhône, est dévié vers le nord et va se jeter dans la Mer du Nord. Le fossé Rhénan mérite enfin son nom ! La géographie des Vosges ne sera que peu modifiée par les dernières glaciations, et nos montagnes sont prêtes à accueillir les premiers parapentistes !
La suite de l’histoire sera écrite par des grands noms, comme Otto Lillienthal au XIXème siècle, ou Francis Rogallo dans les années 50. Mais
ça, vous connaissez déjà…
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