Extrait de Carnet de Vols (Avril 2004)
Bulletin de liaison des membres de l'association et de l'école de parapente Grand Vol

Mon Papapeur
Poème : Paul HARTMANN

Mon rêve était mauvais, ma nuit bien agitée,

Comme au temps jadis au sortir d’une nuit blanche.

Les draps dans lesquels je m’étais entortillé

Ont mis ma compagne effarouchée nue aux hanches.

Je n’avais fumé la veille ni herbe laide,

Ni bu de vin lourd. Je fus assailli pourtant

Par des mortels insolites : le lépipède,

Les logrammes, cétamol, noïa et lysant,

Les lismes, boloïde, phimosis et scève.

De ces mâles arrogants je ne distinguais

Qu’ombres et criardise. Ils poursuivaient sans trêve

Des femelles dont j’oyais le rictus mauvais :

Sitose, phrénie, digme, lysie et thormone.

Leurs doigts pervers me grippaient sous mon crâne gris

Dans leurs tourmentes infernales. Et personne

Pour chasser ces créatures, à part mes cris.

 

Je ne suis plus le même depuis cette nuit.

J’ai peur. Et cette peur s’est nichée dans mon home.

Où donc en suis-je aujourd’hui, baroudeur hardi,

Désormais perclus dans mon étroit aquarium ?

Et je reste enfermé et la nuit et le jour

Craignant à chaque instant une chute probable.

Apeuré, je regarde le monde alentours

Assis derrière des baies vitrées incassables.

Je redoute l’aube quand rosit l’horizon.

Un voile sur les baies du soleil me protège ;

Dès que je devine le regard furibond

Et sombre d’où jailliront vents, grêle et que sais-je,

J’angoisse. je tremble de mon être saisi,

Mes yeux terrorisés pareils à mon enfance

Quand foudres et tonnerres fracassant mes nuits.

Ne serai-je plus qu’un trembleur sans consistance ?

 

Il suffit ! je dois rompre ce cercle pervers

Qui m’isole et me consume, extraire le kyste

Toxique et malin du dedans de mes artères

Pour parer à mes peurs, me joindre aux libéristes.

 

Copyright © Grand Vol - Dernière mise à jour : 27/03/2004