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Comme
une mouette |
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Le cœur
serré, je passe le panneau "Le Havre": Les essuies-glaces
balaient frénétiquement la neige du pare-brise pour me laisser entrevoir
un petit morceau de route à travers le blizzard. Quelle déveine! Il a
fait un temps magnifique pendant tout le trajet; si beau que je ne me suis
pas arrêté à Rouen pour tenter ma chance au Havre. Mais voila, à peine
passé le pont de Tancarville, un mur noir s'est dressé devant moi et
lorsque je me suis glissé dessous, un déluge de neige s'est abattu sur
la voiture. Tant pis, maintenant que je suis la, je vais au moins jeter un
coup d’œil sur le déco! Vingt
minutes plus tard, j'y suis au déco. Un vent furieux me coupe le souffle.
Les flocons de neige qui remontent la falaise me piquent les yeux. Je ne
vois même pas la mer, à 100 m sous mes pieds! Je devrais repartir, mais
je n'arrive pas à m'y résoudre; alors je reste là, glacé, à scruter
la crasse opaque. Mais
lentement, la lumière change. Elle s'intensifie. Devant moi, je vois une
ligne se dessiner... l'horizon! J'attends quelques minutes. Le miracle se
produit. Le soleil est là, tout proche. Les flocons tombent encore serrés
mais la mer derrière est baignée de lumière. Après une petite
demi-heure, le ciel est d'un bleu magnifique, maculé de petits cums de
beau temps. Je n'en reviens pas! J'appelle le contrôle aérien du Havre
qui me confirme que l'entrée maritime est en train de se dégager par
l'est. Ils me donnent le feu vert. Le vent a
beaucoup diminué mais il reste encore fort au déco, à cause de l'effet
venturi. Je descends au déco intermédiaire, en bas de la falaise. A 14h
pile, mes pieds quittent le sol et le rêve commence. Tout de suite, mon
vario s'affole, la plage s'éloigne, le sommet de la falaise se rapproche.
Ca monte partout, dans la soie! Je suis seul en l'air, comme une mouette
au-dessus des vagues, heureux! Déjà je me retrouve à 40 m au-dessus de
la falaise. Pas question d'aller plus haut: on est en bout de piste de l'aéroport!
Un coup d'oreilles et me revoici sous la falaise. Les
conditions sont parfaites et il me faut moins de deux minutes pour me décider.
Cap au nord, mon objectif est le port pétrolier d'Antifer, à quelques
kilomètres d'ici. Les pieds calés dans l'accélérateur, au cas ou, me
voici parti en ballade. Je me régale du paysage, le pays de Caux et son
bocage sous le soleil, les vagues qui viennent se briser sur les galets.
Je vis un moment de pur bonheur, rythmé par les bips de mon vario. Sous
mes pieds, la plage défile, à environ 20 km/h m'apprend mon GPS. Un
petit coup d'oeil en arrière et je réalise que le déco est déjà loin! Brutalement,
un bruit de moteur me tire de mon rêve. Un hélicoptère s'approche. Il
passe au large, mais trop près à mon goût. Je n'aime pas ça; le vent
va rabattre ses turbulences sur moi! Un coup d'oreilles et je perds 50 m
précipitamment. J'attends, anxieux, mais rien ne se passe. Ouf, c'est
passé au-dessus! Alors je m'approche des falaises pour refaire chanter le
vario. Le port pétrolier
est maintenant tout proche, derrière cette petite avancée rocheuse.
Encore quelques minutes et j'y suis. Je repère un grand bâtiment isolé
qui fera une excellente balise, facile à localiser sur la carte. Je le
survole. Au passage, je salue le belvédère, au sommet de la falaise. Je
pousse un cri de joie: objectif atteint! Et avec quelle facilité! Je n'en
reviens pas! A contrecœur,
je fais demi-tour. J'avais une légère composante de vent de face à
l'aller, qui me facilitera le retour. Je préfère ça à l'inverse!
Effectivement, le paysage défile un peu plus vite. Mais la magie est
toujours là, les minutes de pur bonheur se succèdent! Je suis bien sous
mon aile, serein. Ces instants valent tous les trésors du monde! A
mi-parcours, je croise trois autres parapentes qui volent en sens inverse.
Tiens, je ne suis plus tout seul en l'air! On se salut de la main. Ce
geste amical me fait chaud au cœur; j'ai déjà soif de partager ce vol!
Puis nous reprenons nos chemins. Le déco
est tout la bas, loin, mais il se rapproche vite. Au fil des minutes qui
passent, je commence à appréhender l'atterrissage. Vais je poser en haut
de la falaise? Avec le venturi il n'en est pas question. Il reste la plage
en bas, mais il faudra réussir à y descendre! Le déco est maintenant sous mes
pieds. Je le dépasse, fais un large demi-tour, et descends aux oreilles
vers la plage. Tranquillement, je perds ma hauteur. La plage fait un
atterro plutôt étroit mais de longueur quasi illimitée. Difficile de
faire un hors-terrain une fois bien aligné! Les galets défilent sous mes
pieds à 3 m... 2 m...1 m. J'enfonce les freins à fond et
me voici de retour sur notre planète.
Guillaume |