Le père d'Icare

Il est un drôle de type qui me poursuit
A mes côtés le jour, dans mes rêves la nuit.
J’ignore son visage et ne sais que son nom,
Je ne connais point son âge ni son prénom.
Est ce un mythe ou un être de chair et de sang ?
Mais que m’importe puisqu’il m’est toujours vivant.

Il a dû fuir Athènes, se rendre à Cnossos
après le meurtre de son élève Thalos :
il lui était insupportable de savoir
qu’un génie surpassait le sien quelque part.
Et sur cette île de Crète, Pasiphaé,
épouse du roi Minos, le fit appeler :
la belle se languissait sous le soleil chaud,
elle se consumait d’amour pour un taureau.
Il s s’unirent par un artifice retors :
de cet amour pervers naquit le  Minotaure
« Il me faudra bien cacher ce monstre bâtard,
non de l’esprit » se dit le roi, « mais du regard »
Minos convoque en son palais mon hantant,
lui somma d’élever , digne de son talent,
un cachot tortueux pour le fils monstrueux.

 La bâtisse achevée rendit le roi heureux,
car nul de ces pierres ne pourra s’échapper,
ni la bête, ni ses victimes désignées.
Elles furent nombreuses , quatorze à l’année,
tous enfants éphèbes du royaume d’Egée.
La paix se maintenait en Méditerranée
Par ce pacte terrible d’enfants sacrifiés.
seul Thésée, fils du roi ,osa se révolter,
il tuera la bête quoiqu’il puisse arriver.

Ariane, en charme de ce héros, succomba :
Comment le retrouver après l’assassinat ?
Attendri par tant de passion, mon inconnu
lui inventa un fil magique pour l’élu.
Par cette ruse Thésée revint en dehors
Du labyrinthe où se mourrait le Minotaure.
Minos, de rage aveuglé, fit emprisonner
Et l’architecte génial et son fils aimé.
« Comment ne pas mourir en ce cachot maudit ?
Père, trouve nous une porte de sortie »
« Fils mien, laisse moi le temps de la réflexion
et je nous trouverai un moyen d’évasion ».
Au soleil tiède déjà il enduit leurs bras
de cire et de nombreuses plumes y fixa.
Et les voilà, père et fils ailés comme oiseaux,
prêts à s’évader, volant au dessus des flots.
« Icare, fils aimé, méfie-toi des embruns,
fuis le soleil comme la peste et va au loin »

Peut-on en vouloir à ce jeune homme frisé
de ne point obéir, ivre de liberté ?
Comme une pierre sous le regard horrifié
du père, Icare chut et dans l’eau s’est noyé.
La rue atteinte et sur la berge exténué
le fugitif s’est affaissé et a pleuré.
longtemps, longtemps, longtemps….. Présomption que ma vie !!
Orgueil, mon génie ! Icare et Thalos détruits !

Dédale depuis est celui qui me poursuit,
A mes côtés le jour, dans mes rêves la nuit.
Et quand m’emporte le vent sous la voile,
il est mon guide au chemin des étoiles

Paul H.