Un week-end fédéral extraordinaire

Le week-end s’annonce sous une mauvaise augure : la veille au soir du grand jour de départ, le pot d’échappement de ma voiture me lâche. Le lendemain au petit matin, je mets désormais la réussite du week-end aux mains d’un jeune garagiste qui me promet le remplacement du pot complet avant midi. Chose promise, chose due, quelques heures plus tard je suis en route pour rejoindre Catherine et Stéphane avec qui je vais faire la route jusqu’à Lyon. En bonne compagnie, le temps passe vite et la route me semble moins longue, quelques heures plus tard on récupère déjà Guy à l’aéroport de Lyon, et je suis contente de ne pas devoir me retrouver seule dans une ville dont les dimensions déroutantes vont de pair avec le nombre impressionnant de ses chantiers, causes évidentes de ma perte d’orientation instantanée. Après un dîner rapide au bistrot où on retrouve Jean-Claude et Sylvie, tout le monde se retire dans sa chambre d’hôtel pour une courte nuit de sommeil avant le grand jour de l’assemblée générale de la fédération. 

Samedi matin, le grand jour, on se rend sur le campus universitaire où aura lieu la fameuse assemblée de notre fédération. Les bâtiments sont vétustes, les façades en béton gris peu accueillantes. L’amphi en question est vite repéré, c’est le seul endroit devant lequel on peut trouver une foule de gens, quelque peu trop âgés pour être des étudiants, un samedi matin. L’endroit ressemble à une fourmilière, dans cette agitation je reconnais quelques rares têtes qui me disent quelque chose, des gens que je connais certainement de photos dans les magazines, et aussi deux trois personnes que j’ai déjà rencontrées en chair et en os, mais qui sont trop occupées à essayer de s’inscrire sur quelque liste ou de récupérer quelque procuration. Enfin la foule se déplace vers l’intérieur de la salle, un amphi classique d’université, une salle sans la moindre décoration, avec des bancs en bois dur rabattables. L’assemblée commence déjà avec une heure de retard, et dès l’ouverture de l’assemblée une forte tension pèse sur l’ambiance qui règne dans la salle. Le premier vote porte sur une modification des statuts, une histoire de complément d’article pour une affaire de quorum et qui passe rapidement et sans beaucoup de discussion. La suite s’avère moins facile : une motion avait été déposée pour la révocation du comité directeur, mais malgré qu’elle n’ait été couronnée de succès, une groupe de personnes persiste à affirmer que la fédération est en situation de crise, et que la seule issue de celle-ci est la dissolution complète du comité directeur. Je me rends compte que, malgré le fait que je me sois renseignée un peu préalablement sur la situation de la fédération et suivi les rumeurs qui courraient, la licenciée de base que je suis a du mal à suivre le débat. En effet la balle passe d’un camp à l’autre, le débat est animé, passionné, plein de ferveur, et autant dans les deux camps. Chacun expose ses pensées et ses sentiments, les raisons de ses décisions et de ses actes. Habiles parleurs grandiloquents se trouvent confrontés à des gens simples à opinion fondée, certains compensent le poids qui manque à leur argumentation par la force de leur voix, le son monte plus d’une fois. Le secrétaire général Christophe Bonnin semble de temps en temps se faire  dépasser par les événements, mais il réussit néanmoins à chaque fois à réinstaurer le côté constructif du débat et à faire le grand écart entre les deux prises de parti pour n’en désavantager aucun et attribuer la parole à tous ceux qui ont quelque chose à dire.

La pause de midi est courte, et le repas est un vrai repas de restaurant universitaire que je ne vais pas illustrer davantage. Après la pause de midi, le même débat se poursuit, je commence tout doucement à me dire qu’on n’avance pas. Au bout de maintes discussions, une partie des membres du comité décident de démissionner, d’autres non, le groupe qui a mis la pression retire du coup sa candidature de la liste d’élection, certains sont émus jusqu’aux larmes, d’autres verts de colère, quelques uns ont des attitudes d’enfants gâtés à qui on a pris leur jouet préféré et encore d’autres un discours construit et disent agir pour le bien de la fédération. Les événements se bousculent, moi en tant que spectateur, qui suis venue par pure curiosité, je ne sais plus vraiment quoi penser, à part que je commence à avoir mal au dos (les bancs en bois dur) et que le repas de midi commence à dater. Courage, courage, on y est presque, réélection du comité, élection d’un président, puis encore deux trois points sur l’ordre du jour et on y est. Quelques uns ont profité des pauses où le comité est parti délibérer, ils sont sorti et revenus avec un kebab dont les odeurs alléchantes remplissent l’amphi. Je sors les biscuits secs préemballés que j’ai mis en poche ce matin au petit déjeuner à l’hôtel, et je retrouve aussi une tablette de chocolat, mais partagé avec mes voisins de banc cela ne fait qu’une bouchée par personne. Le temps semble devenir de plus en plus long, je n’arrive plus vraiment à me concentrer, et je suis vraiment soulagée lorsque l’AG prend fin vers 22h30. C’est maintenant aussi que je me rends compte que nombreux sont ceux qui étaient déjà partis avant la fin, et sans les approuver je peux les comprendre.

Dès à présent, je suis tellement fatiguée que je ne sens plus ma faim, et je suis encore une fois contente que je ne sois pas obligée de prendre le volant pour rejoindre notre hôtel à Salins les Bains dans le Jura. Vivement demain, une belle journée de vol au Poupet, récompense habituelle des Grand-voliens sur leur chemin de retour, après avoir accompli leurs tâches fédérales annuelles.

 

Phoebe